Au bord de l’eau…

Reprenons l’histoire de la petite fille que j’ai commencée l’année dernière, si vous ne savez pas (ou plus) de quoi je parle, n’hésitez pas à aller (re)lire la première partie avant de lire celle-ci.

Souvenez-vous, elle venait de quitter sa famille et sa petite vallée, emportant avec elle un gâteau de riz et sa poupée de paille. Ce jour-là, elle partit sans se retourner, mais elle ne partit pas au hasard. Cette petite fille avait bien écouté les histoires que les anciens racontaient au coin du feu, elle avait entendu parler du grand empereur dragon qui régnait sur les mers, tout en tolérant les humains sur son territoire. Elle se disait que peut-être, si les dieux du foyer étaient trop jeunes, trop locaux, il y avait sans doute beaucoup de choses qu’ils ignoraient, mais un dragon devait tout savoir !

Elle alla donc, suivant la rivière qui descendait sa chère vallée, rivière qui grossit, grossit, et devint fleuve. Sa marche fut longue, quand elle le pouvait elle embarquait sur des bateaux qui suivaient le même chemin qu’elle, et ils étaient nombreux : en ce temps là, les routes étaient rares, les fleuves et les rivières étaient de bons moyens de voyager. Les gens de cette époque étaient simples : il ne demandaient pas d’argent pour rendre un service, et de toute façon notre petite fille n’en avait pas. Simplement, elle les aidait dans leurs tâches quotidiennes. Oh, bien sûr, elle était trop petite pour embarquer ou débarquer leurs lourdes marchandises, mais elle avait appris la cuisine de sa région et savait apporter une saveur irrésistible au riz, si bien que, partie avec un petit gâteau de riz, elle réussit à n’avoir jamais faim.

Du but de sa quête, elle ne souffla mot à personne : partout où elle passait, elle voyait bien que le monstre étendait son empire, donc les habitants ne savaient visiblement pas comment secouer son joug, ou ne s’étaient simplement jamais dit qu’ils pourraient le faire.

Or, il advint qu’un jour, alors que l’embarcation qu’elle empruntait à ce moment approchait de la Mer de l’Ouest, celle-ci s’arrêta brusquement. Un banc de sable, un haut fond ? L’homme qui dirigeait la jonque était formel : il connaissait la rivière, il n’y avait rien à cet endroit. Tous les sacrifices avaient été faits, rien ne pouvait expliquer cet arrêt. Le bateau resta là, bloqué, sans que rien que les hommes ne puissent tenter n’ait le moindre effet, pendant toute une journée : c’était comme si une main le retenait. Le courant filait de part et d’autre, mais l’embarcation restait désespérément immobile.

Le deuxième soir, les hommes se réunirent pour discuter de la marche à suivre : fallait-il abandonner le navire, faire un nouveau sacrifice (mais de quoi…?), essayer de plonger pour voir ce qui se trouvait en dessous ? Grande était leur perplexité, et plus grand encore fut leur étonnement quand un homme qu’ils ne connaissaient pas approcha de leur petit cercle. D’où venait-il ? Impossible à dire, aucun bateau n’était visible, c’était comme s’il avait jailli de l’eau.

L’étranger était grand et mince, ses traits étaient fins et son regard transperçait l’âme. Il était vêtu d’étoffes fines, et portait un collier de grosses perles en sautoir. Quand il rejoignit la compagnie, si forte était l’impression qu’il dégageait que toutes les discussions, toutes les disputes se mirent simplement à le regarder.

Avant que quiconque puisse l’interroger, il prit la parole : « Je n’ai jamais encore senti une telle odeur sur un bateau, qu’est-ce-que c’est ? »
La petite fille répondit : « Je prépare du riz pour les marins, pour les remercier d’avoir accepté de me transporter. C’est une recette de ma vallée.
— veux-tu bien m’en donner un peu ? Cette odeur est bien alléchante ! ».

Sans un regard pour ses compagnons, la petite fille lui en servit un bol et le lui tendit. L’homme le mangea doucement, semblant savourer chaque bouchée. Ayant terminé, il lui rendit le bol et la remercia : « Je n’en ai jamais goûté d’aussi bon, et pourtant je connais très bien cette rivière et les peuples qui vivent sur ses berges. Tu dois venir de loin !
— Je viens d’un petit village, niché au fond d’une vallée. C’est effectivement très loin d’ici.
— Et que fais-tu aussi loin de chez toi ?
— Je viens chercher conseil auprès du grand Empereur Dragon. Selon les histoires qu’on raconte dans mon pays, il serait fort sage et fort ancien, j’espère qu’il pourra m’expliquer comment faire cesser les exactions du monstre Nian, qui font beaucoup souffrir mon petit village !
— Ton riz était vraiment très bon. J’aimerais pouvoir t’aider avec ce monstre, mais je n’en sais malheureusement pas assez, je ne suis que le troisième fils du Roi des Mers. Mais peut-être que mon père pourra t’aider. ».
Il prit une perle de son collier et la lui tendit : « Prends cette perle, tu la montreras à mon père, il saura que tu viens de ma part et écoutera ta demande. Je ne peux pas te garantir qu’il y répondra favorablement, mais au-moins tu pourras lui demander. ».
La petite fille prit la perle, mais avant qu’elle n’ait pu dire un mot sentit sa tête devenir lourde, lourde…

Le soleil matinal la réveilla. Le bateau était arrivé à destination, dans la ville du bord de la mer. Avait-elle rêvé cette rencontre ? À la lumière du jour, elle n’était plus sûre de rien, peut-on simplement trouver de l’aide chez un dragon en lui donnant un bol de riz ? Inutile de se poser des question, il lui fallait trouver comment rencontrer le Roi Dragon. Elle rassembla ses maigres possessions : dans sa main gauche, elle tenait sa précieuse poupée de paille. Et dans sa main droite se trouvait une grosse perle… ce n’était peut-être pas un rêve, finalement…? Elle rangea précieusement la perle, et se prépara à quitter le navire.

Que se passa-t-il ensuite ? Rencontra-t-elle le grand Dragon ? J’ai bien peur qu’il ne nous faille laisser passer l’année du cheval de feu qui commence tout juste avant de, peut-être, pouvoir lire la suite…
Très bonne année à vous !

L'image d'illustration de cet article a été prise par Andy Lee et est partagée sur Pexels. Quant au texte, c'est une création personnelle que je rédige au fur et à mesure, en me basant sur certaines histoires que je connais. Année du cheval oblige, j'en au caché un ici.
Aucune IA n'a été questionnée dans le cadre de cette rédaction.


2 réponses à « Au bord de l’eau… »

  1. Chouette un conte ! Un joli conte… dont j’attendrai la suite. Bonne année !

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    1. Il faudra être patiente, j’ai une vague idée de ce qui pourra se passer dans le prochain épisode, mais il ne sortira qu’au prochain Nouvel An (et si c’est comme celui-ci il ne sera rédigé que bien tard… je retrouve mes vieux réflexes scolaires de tout faire au dernier moment !)

      Aimé par 1 personne

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