Sur ce blog, je passe mon temps à parler de bas nylon. Le bas nylon, c’est un bas, en nylon. Et le nylon, c’est un matériau synthétique, une matière plastique, qui plus est issu du pétrole, contrairement par exemple à la rayonne1. Donc, c’est le mal, non ?

Le nylon est un polyamide, une matière plastique composée de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote. C’est un matériau plutôt durable et résistant, en pratique très peu biodégradable – un collant mettrait entre 30 et 600 ans à se dégrader dans la nature – la fourchette est large, mais c’est parce-que les sources ne sont pas d’accord.
Autre point de désaccord : les sites les plus engagés pour l’environnement vous diront qu’il faut 14000km2 de fil pour fabriquer une paire de collants – une paire de bas, étant dépourvue de l’espèce de culotte, tournerait sans doute autour de 9000/10000km. Sachant que pour un fil de 15 deniers on a par définition 15g pour 9km de fil, ça nous donne en moyenne 23kg pour un collant, ou un peu plus de 15kg pour une paire de bas en 15 deniers3… visiblement, ces sites font une erreur d’un facteur 1000 : 14km de fil pour une paire de collants, c’est beaucoup plus cohérent. Pour référence, ma paire de Frenchie pèse environ 14g, ces bas étant en 15 deniers, ça fait à peu près 8,4km de fil.
Comme tous les matériaux synthétiques, le nylon émet au lavage en machine des micro billes de plastique, très difficiles à filtrer et qui commencent à poser de vrais problèmes dans l’océan. Ça fait au total un bilan assez peu flatteur… est-il complètement justifié ?
Oui et non. Oui, c’est une matière plastique. Oui, il met du temps à se dégrader si on l’abandonne dans la nature. Oui, un lavage en machine émet des micro-plastiques. Sauf que des vrais bas nylon, bien qu’ils soient plutôt résistants, sont des objets qu’il faut traiter avec des égards. À ce titre il vaut mieux éviter de les laver en machine. On préférera les laver à la main : le lavage est plus doux, et il peut se faire avec du simple savon de Marseille, sans tous les produits ajoutés aux lessives. En utilisant moins d’eau et moins d’énergie qu’un lavage en machine. Si vous les lavez par trempage, ce qui suffira la plupart du temps, ces micro-billes devraient rester bien sagement à leur place. En outre, les laver à la main vous permettra d’augmenter leur durabilité : vous pourrez les mettre plus longtemps, plus souvent – un bas lavé à la main le soir peut être remis quelques heures plus tard.
Enfin, la comparaison avec les collants ne tient pas du tout. Les collants premier prix qu’on trouve dans le commerce sont de mauvaise qualité : il sera très facile de les filer, voire de les déchirer. Et si vous filez une jambe d’un collant, même d’excellente qualité, vous pouvez jeter tout le collant – c’est assez compliqué de combiner 2 collants ayant chacun une jambe différente filée (pour peu que vous filiez la même jambe sur 2 collants différents, c’est encore pire !). Pour un bas… vous pouvez effectivement vous débarrasser de celui qui est filé – dans le passé on trouvait des remmailleuses pour réparer ces accidents, mais la dernière d’entre elles en France a dû arrêter de travailler au tournant des années 20004. Mais si vous devez vous séparer d’un bas, il vous restera l’autre – si vous avez pris la précaution d’acheter 2 paires en même temps, elles vous dureront au final beaucoup plus longtemps que deux collant, pour un service rendu similaire, voire meilleur.
Pour de débarrasser d’un bas ou d’un collant filé, vous pouvez passer par les filières de recyclage de vêtements, il existe des vêtements avec un label « nylon recyclé », ce qui signifie qu’il existe une récupération ciblée – je ne sais pas s’il est possible ou simple de recycler du nylon tissé avec du Lycra, par prudence je ferai la supposition que si la filière existe, ce recyclage serait plus simple avec du pur nylon. Avec les ordures ménagères, il sera très certainement incinéré en incinérateur industriel – ceux-ci sont normalement équipés de filtres pour les gaz dangereux. C’est un pis-aller s’il n’y a pas de meilleure solution. Vous pouvez aussi utiliser vos anciens bas comme des éponges de bain ou pour laver vos vitres – là, pour le coup, vous allez libérer les fameuses microbilles de plastique, mais ça restera mieux qu’acheter une éponge en plastique juste pour cet usage. J’ai vu une utilisation comme tuteur pour des arbres, je ne pense pas que ce soit une bonne idée : le nylon se dégrade sous les UV, au final vous risquez d’avoir des résidus aux pieds de vous arbres. Ce n’est pas souhaitable.
Est-il utile de préciser qu’un bon porte-jarretelles est parfaitement, totalement et complètement réutilisable, même s’il est lui aussi souvent composé en bonne partie de matériaux synthétiques ? Avec la même remarque pour le lavage : si celui-ci est fait avec le soin qui s’impose, c’est à dire soit à la main, soit en cycle délicat dans un sac à lingerie, il ne devrait pas émettre tant de micro-plastiques que ça. S’il est de qualité et que vous en prenez soin, vous pourrez l’utiliser longtemps.
En résumé : au vu des contraintes écologiques que fait peser l’industrie textile sur l’environnement, la manière la plus écologique de se vêtir est clairement de ne rien porter. Ce n’est pas forcément réaliste au jour le jour. Si on sort de cet extrême, et qu’on doit choisir entre des bas et des collants, du point de vue de l’environnement un bas nylon de qualité semble largement préférable : plus durable, moins de déchets, plus polyvalent. J’admets toutefois de bonne grâce que mon avis est celui d’un fétichiste, il est peut-être un peu orienté.
- souvent désignée sous le nom « viscose » sur les étiquettes, et qui est un polymère fabriqué à partir de fibres végétales ↩︎
- c’est encore pire que ça : même des sites qu’on peut espérer sérieux donnent cet ordre de grandeur – voir par exemple les « informations » données sur le site « Marques de France » – le coupable pourrait être un article de l’Obs de 2018, mais surtout l’inculture totale des journalistes en matière de mathématiques ! ↩︎
- pour m’amuser, j’ai fait le calcul avec un collant opaque en 60 deniers, soit 60g pour 9km, soit 0.06kg/9km : on trouve, en utilisant des km et de kg : 14000 * 0.060 / 9 = 93,33kg. Ayant vu ma femme accoucher, j’ai une idée de la force des femmes, mais porter un vêtement de près de 100kg, c’est légèrement exagéré ! ↩︎
- un article d’origine NylonPur est à venir à son sujet ce samedi, ne vous éloignez pas trop ! ↩︎

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