Au hasard d’une promenade sur les réseaux sociaux, je suis tombé sur la question suivante :
Avez-vous vu le docu sur les masculinistes ?
Par curiosité, je suis allé voir quelques réponses. Les « non » ou les « pas encore » m’intéressaient assez peu, pour être honnête. Quant aux réponses positives, ça donnait des choses du type : « c’est hallucinant ce truc » et autres appels à lutter contre cette nouvelle menace.
Je vais être franc, je n’ai pas vu le documentaire en question, et je ne prévois pas de le regarder. Le sujet m’intéresse un peu, mais en pratique d’assez loin, pas assez pour que j’y consacre les 90 minutes d’un documentaire très certainement à charge.
J’ai une sorte de passif avec le « vu à la télé » qui m’incite de toute façon à prendre à peu près tout reportage ou tout documentaire avec de grosses pincettes. Je ne dis pas qu’ils sont totalement sans intérêt. On peut même parfois apprendre des choses. Mais il y a une condition nécessaire pour ça : s’interroger, tout au long de l’émission, sur les intentions du monteur, du réalisateur et de la rédaction. Garder cette interrogation bien en tête pendant toute la durée de l’émission. J’irai encore plus loin : c’est indispensable quand l’émission confirme vos préjugés, il est trop facile de tomber dans le biais de confirmation.
Illustrations, tirées de ma propre expérience. J’étais ado dans les années 90, un ado qui adorait lire de la fantasy – le Seigneur des Anneaux était et est resté un de mes livres de chevet, mais Tolkien était loin d’être le seul auteur que je lisais. De « lire des aventures » à « vivre des aventures », il y a un pas qui est assez vite fait : avec un groupe de copains, nous pratiquions le jeu de rôle. C’était l’époque où la télé en parlait. C’était l’époque, aussi, où le jeu de rôle était présenté plus ou moins comme la source de tous les maux présents et à venir de la Société. Pensez donc : un allumé avait agressé un prof au couteau en criant : « je suis le prince des ténèbres », ça veut tout dire ! À l’occasion d’une de ces émissions, une personne connue dans le milieu avait été interrogée, mais la personne qui réalisait l’interview avait été claire avec cette personne : la présentatrice de l’émission avait un fort parti-pris contre ce loisir et avait la ferme intention de le laisser transparaître dans le résultat final. Qui, de façon prévisible, était à charge.
Quelques années plus tard, je me suis mis à écouter du black métal. Vous la sentez venir, la douille ? Ceux qui ont vécu ces années se souviennent peut-être de ce qu’en disait la télé publique à l’époque, bizarrement c’était plutôt en décalage avec les discours de certains chanteurs du genre à l’époque – s’il y avait eu de vrais problèmes en Norvège avec certains groupes (voir par exemple la biographie des membres du groupe Emperor), je ne crois pas que beaucoup d’églises aient brûlé dans le reste du monde au nom de ce genre musical… Pourtant, la télé promettait littéralement l’Apocalypse si rien n’était fait pour lutter contre cette épidémie morbide.
Plus anodin, beaucoup plus récent : un reportage sur Arte présentant l’origine des pierres de Stonehenge. À écouter le reportage en question, il n’y avait aucun doute, on avait trouvé d’où elles venaient, on avait vu qu’elles venaient d’anciens cercles dont on avait retrouvé les traces au Pays de Galles, tout ça grâce au génie et à l’obstination d’un homme auquel le documentaire faisait la part belle. Sauf qu’en creusant un peu, en sortant un peu de ce documentaire hagiographique, on se rendait compte que non, on n’avait pas de réponse définitive, ce que le documentaire présentait comme des vérités incontestables n’étaient que des hypothèses non encore validées par les pairs, un sujet encore largement ouvert. Je suppose que le documentaire avait été réalisé par l’équipe de l’archéologue en question pour valoriser son travail. C’est de bonne guerre, le résultat était intéressant mais à la diffusion, on présentait comme révolutionnaire et incontestable une thèse qui n’était rien de plus qu’une théorie parmi d’autres.
Dernier exemple en date sur un sujet plus polémique : je voudrais évoquer le documentaire diffusé par Arte, encore, sur la simulation d’accident nucléaire en Europe. C’était en 2021, je n’ai pas vu ce documentaire non plus, mais j’ai lu les polémiques à son sujet. Notamment la réaction de la réalisatrice française du documentaire, qui avait demandé à ce que son nom soit retiré du générique, rien que ça. La rédaction avait revu le montage du documentaire, jugé trop long, pour supprimer un certain nombre d’interviews – en pratique toutes celles qui apportaient une nuance au catastrophisme du scénario proposé. Celles qui allaient dans le sens voulu par la partie allemande de la chaîne, à l’époque farouchement opposée à toute image positive concernant l’énergie nucléaire, ont été soigneusement conservées.
En résumé : un reportage, un documentaire cherchent avant tout à vous vendre une histoire. Prenez du recul, si l’histoire vous intéresse n’hésitez pas à creuser le sujet pour aller au-delà du documentaire, allez vous renseigner et, comme le disent les « complotistes », faites vos propres recherches, dans l’idéal en sélectionnant des sources fiables et variées. C’est le meilleur moyen d’atteindre une vérité satisfaisante.
Petite note complémentaire : je parle de la télé, mais à la réflexion l’idée de vous « vendre une histoire » s’applique aussi aux textes écrits. Et pas seulement ceux de la presse : j’inclus évidemment ceux de ce site !

Répondre à Anagrys Annuler la réponse.