Deuxième article de ma série sur les imperfections, pour parler des gens. Vous savez le cas que j’en fais, j’en ai parlé il n’y a pas très longtemps. Hier, j’ai principalement considéré des activités artistiques — photo, cinéma, musique. Je voudrais me pencher sur un autre axe, qui est celui des comportements.
La mode est aujourd’hui à l’économie circulaire : je cherche quelque-chose, avant d’aller en acheter un neuf je vais le chercher dans les petites annonces, maintenant qu’elles sont globales il y a des chances de trouver ! Le problème de l’achat d’occasion, c’est que si le produit est moins cher, il est aussi parfois en moins bon état. Et ça, pour le coup, c’est inacceptable ! D’accord pour payer un manteau, un vélo, un jouet au dixième de son prix d’origine, mais il faut qu’il soit en parfait état ! Nous avons eu le cas avec un vélo d’enfant, avec une maison de jardin pour enfants ou un toboggan en plastique qui avaient passé quelques années dehors, ou avec une chaise bébé : d’accord, elle coûte 200€ neuve et vous en demandez 40€, mais là il y a une petite rayure que je n’aurais pas si je l’achetais neuve, vous pouvez me faire une ristourne de 10€ ? Le plus beau, c’était une doudoune. Un prix neuf à 3 chiffre, vendue 20€, mais il y avait des traces d’usure sur la doublure, on ne va quand-même pas acheter ça ! On veut de l’occasion, de l’utilisé, mais sans trace d’usage, comme neuf… peut-être que, dans ces conditions, il faudrait arrêter de chercher « la bonne affaire » et acheter du neuf, non…? Ah ben non, suis-je bête, il faut « sauver la planète »…
Là, j’étais sur de l’achat avec quelques anecdotes personnelles, il est un autre domaine où on ne se contente pas de moins que de la perfection : les relations humaines. S’il est acceptable qu’un collègue qu’on verra quelques heures par jour soit un c… enfin, je veux dire, pense différemment de nous, ça ne l’est plus quand il s’agit d’un ami, ou plus. Clairement, si machin ne pense pas comme moi sur ce sujet, je crois que nous n’avons plus rien à nous dire ! Exemple lu l’été dernier sur les réseaux : « je m’entendais bien avec untel, ça faisait 5 ans qu’on se tapait de bons délires, on partait en vacances ensemble, c’était cool, mais il m’a dit qu’il avait voté pour le candidat RN1 aux législatives, je ne peux pas tolérer ça, je l’ai shadowban ». C’est vrai, c’est plus facile d’agir comme ça que de simplement lui demander pourquoi il a voté comme il l’a fait et se dire que, peut-être, de son point de vue, il avait de bonnes raisons de le faire.
Le pompon est atteint sur les applications de rencontre. Swipe, swipe, swipe… tiens, celui-ci n’est pas trop mal, je valide. Ah oui, mais dans la discussion il m’a dit qu’il préfère les tartines aux croissants, je ne vais pas essayer de supporter ça ! J’avoue, j’exagère un peu, je n’ai pas le besoin de ces applications, mais je vois parfois des discussions sur les réseaux qui me laissent songeur. « Ça allait bien avec cette nana, on s’entendait bien, mais j’ai pas donné suite, son bodycount était trop élevé, une vraie…», j’arrête là, vous avez la suite. La question du bodycount est un classique, avec souvent des femmes qui se demandent, à raison, pourquoi il serait bien vu qu’un homme ait un chiffre élevé mais pas une femme. Sans aller jusqu’à parler du mythe de la « virginité de l’épouse », est-ce que ça ajoute quelque-chose à une femme, et enlève quelque-chose à un homme ? Nous ne sommes plus dans les sociétés tribales du Ve siècle, nous avons peut-être un peu évolué depuis, non ? Il faut croire que non, sur certains points…
Imaginez maintenant qu’on a passé le cap de la rencontre. J’ai trouvé la personne avec qui je vis grâce à un algorithme, il m’a indiqué que nous avons une bonne correspondance, mais il y a ce petit truc qui me gêne, genre des pieds un peu trop petits, une façon de boire son café qui ne me revient pas, et puis, si c’est un homme, il laisse traîner ses chaussettes sales à côté du lit le soir. Ou alors…
« Pis que tout cela !
— Pis que tout cela ?
— Pis !
— Comment ! diantre, friponne ! Euh ! a-t-elle commis ?
— Elle a, d’une insolence à nulle autre pareille, après trente leçons insulté mon oreille, et très ouvertement déclaré apprécier, d’un auteur à l’index les écrits tout entier ! »2
Lui en parler ? Vous n’y pensez pas, ça va provoquer une dispute ! Non, on va plutôt mettre fin à cette relation qui devient toxique maintenant qu’elle n’est plus parfaite. Parce-que la personne parfaite pour moi existe, forcément, c’est juste que l’algorithme ne l’a pas encore trouvée, je vais continuer à chercher. Sans lever la tête de mon téléphone dans les transports en commun, de toute façon : 1 — les autres usagers sont aussi absorbés que moi par leur écran, ça ne servirait à rien et 2 — en plus ils prendraient toute tentative d’établir une communication pour une agression, il vaut mieux ne pas prendre de risques, c’est un coup à se faire afficher sur X, pas bon pour l’e-réputation !
J’ai ouvert ce billet avec quelques anecdotes personnelles, je voudrais encore en utiliser une pour le conclure : il y a quelques années je pratiquais une activité avec un prof. J’étais assidu, je le voyais régulièrement et, d’une certaine manière, je l’admirais : il semblait sûr de lui, généreux, avec cette longue expérience qui vient d’une vie remplie. Et puis un jour, ce prof a fait sur quelqu’un une remarque d’une mesquinerie, d’une petitesse, qui m’avait choqué — je ne sais plus exactement de quoi il retournait, mais c’était du niveau de se moquer du physique d’une personne qui n’y peut malheureusement rien. Son image pour moi en avait fortement pâli, j’ai toutefois décidé de passer outre : le problème, ce n’était pas lui, il n’avait jamais essayé de se faire passer pour le modèle de vertu que j’avais cru voir en lui. Le problème était chez moi. Et la meilleure manière de régler un problème chez moi, c’est de me changer, moi…
Personne n’est parfait. Parfois, certains peuvent nous voir comme tels, parfois on a envie qu’ils croient que nous le sommes. Mais nous sommes tous humains, avec nos envies, nos failles, nos rêves, nos espoirs et nos déceptions. Et si nous réapprenions à nous accepter comme nous sommes ?

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