Des bas et des coutures

Photo NylonPur en noir et blanc : gros plan sur les jambes d'une femme qui porte des bas en nylon à couture et des escarpins, vues de l'arrière. Sa jupe montre un mouvement, elle semble être photographiée dans un pas de danse.

Encore une question trouvée en ligne, à laquelle je donne… une réponse. Mais c’est la mienne !

Introduction

Je vous propose aujourd’hui un petit article léger, dont le sujet m’a été soufflé par une question posée… sur Facebook, évidemment, que ferais-je sans cette plate-forme…? La situation : une femme donnait à travers un « réel » sa réponse à la question suivante :

Bas = sexualisation du corps humain ou empowerment ?
À toi de me dire

Bon, on voit la tentative de « créer de l’engagement » d’entrée, pour être honnête avec vous, bien que j’aie regardé son explication j’avoue n’en avoir pas vraiment gardé de souvenir, il faudra peut-être que je me repenche sur les commentaires. Parlons-en, d’ailleurs, des commentaires, parce-que mon article du jour vient de l’un d’entre eux, une question posée à l’autrice de la vidéo (et qui n’a pas reçu à ce jour de réponse de sa part, mais bon, j’ai réglé ce problème…) :

Et les bas couture… sais tu à quoi ils étaient destinés?

Et voilà qu’en écrivant ça, je me pose encore une question… est-ce qu’elle demande ça par rapport au côté « sexualisation », ou est-ce une question historique ? Je pense que vous vous doutez de quel côté j’ai fait pencher ma réponse…

La couture

Photo en noir et blanc : une femme traçant une couture sur l'arrière de sa jambe avec un crayon et un guide.

Je ne parle pas ici de celle que nous autres, pauvres mortel(le)s, réalisons à la machine, mais plutôt de celle qui orne les jambes de certaines personnes — à titre personnel je préfère qu’il s’agisse de jambes féminines, mais j’aurais mauvaise grâce à jeter la pierre aux hommes qui en usent aussi. Cette couture, sur les bas, a une raison d’être purement technique. Pendant longtemps, les métiers à tisser ont été linéaires, tissant à plat — c’est le cas par exemple des métiers de messieurs Vaucansson, puis Jacquard, qui mine de rien sont les ancêtres des métiers Reading qui fonctionnent aujourd’hui encore chez Cervin. Le tissage à plat, c’est bien, ça permet de faire de jolis draps et de belles tapisseries. Pour ce qui est des pièces censées être fermées, comme au hasard, les bas… c’est plus compliqué !

Du coup, comme on savait tisser à plat, on tissait à plat. Puis on refermait le résultat. Cette fermeture ne pouvait pas être incluse dans la trame, elle était nécessairement ajoutée, donnant lieu à une couture. Celle-ci découlait donc d’une simple contrainte technique, personne n’avait choisi de l’ajouter. Inesthétique ? Pas vraiment, au contraire même : à des époques où trouver des bas était compliqué, certaines femmes allaient même jusqu’à tracer cette couture au crayon sur leur jambe pour en simuler la présence ! C’est dire si elle était recherchée !

Techniquement, cette couture ne peut pas être créée directement sur le métier, pas si on veut qu’elle puisse aussi refermer le bas : elle doit obligatoirement être ajoutée dans une opération suivant la fabrication. Et cette opération n’est, à ce jour, pas mécanisable : une personne qui, en 2026, achète un bas fabriqué à l’ancienne, sur un métier linéaire, achète un bas qui a été tissé sur une machine qui a entre 70 et 80 ans, et fini à la main par une couturière tout à fait humaine sur une bonne vieille machine à coudre.

Photo NylonPur : un bas qui sort du métier

Tissage circulaire

Arrivent les années 1950. Cherchant à s’améliorer, à augmenter les rendements et à réduire les opérations manuelles, les fabricants de machines mettent au point des métiers à tisser circulaires, capables de tisser les fils fins des bas. En réalité, il existe des métiers circulaires depuis le XIXe siècle, mais ceux-là sont des métiers à tricoter : très bien pour des pulls ou des chaussettes, mais inutilisables pour un bas dont la finesse est un des principaux arguments. Dans les années 50, donc, sont mis au point des métiers circulaire tout à fait utilisables pour un tissage industriel. Ces métiers vont très vite remplacer les énormes métiers linéaires encore en fonctionnement, et permettre de fabriquer des bas sans couture, ne montrant que la jambe.

Des bas sans couture… dans un premier temps. Mais très vite, les mêmes métiers ont été utilisés pour tisser des collants ! Exit la couture, exit les bas ? Presque… mais pas tout à fait ! C’est que la couture, voyez-vous, n’est pas tout à fait neutre dans la perception du bas et de la jambe qu’il habille : elle en souligne le graphisme, elle l’affine, elle l’habille comme nul autre vêtement. Il est bon de, parfois, s’en passer. À d’autres moment, elle donnera une élégance qu’elle seule peut donner, au même titre qu’une montre gousset glissée dans la poche du gilet d’un homme. Les métiers circulaires devaient-ils condamner la couture ?

L’intérêt de la couture

Pas vraiment : ces métiers ont un avantage, ils sont programmables. Voulez-vous un motif ici ? Vous pouvez le créer. Une partie plus épaisse là ? Pas de problème ! Il n’est donc pas bien compliqué, sur un métier circulaire, de créer un bas avec un motif quelconque, qui peut être une simple couture qui en remonte toute la longueur. Oh, bien sûr, cette couture-ci n’est qu’un décor, elle n’a rien d’indispensable. Au même titre par exemple qu’un revers en dentelles. C’est joli, un revers en dentelles, mais en réalité ça ne sert qu’à ça : être joli. Dit autrement : transformer la jambe qui le porte en un morceau d’œuvre d’art, à destination avant tout de la personne à qui appartient cette jambe, bien sûr !

Femme vue de dos portant des bas noirs East Side de Cervin et un porte-jarretelles, avec des talons hauts.
Bas East Side de Cervin, le bas RHT qui a (presque) tout d’un bas à diminution !

Aujourd’hui, on trouve des bas avec une couture, parce-qu’elle est nécessaire pour finir le bas.

On trouve des bas avec une couture, parce-qu’elle ajoute quelque-chose à une tenue ou répond à une envie.

On trouve des bas sans couture, bien sûr.

Et on trouve des collants avec une couture. Celle-ci est bêtement droite, trop parfaite pour être honnête, mais elle est là, on la croise aussi parfois.

L’intérêt de porter des bas à couture ? Chez moi, j’en mets pour moi, parce-qu’au moment où je les mets j’ai envie, j’ai besoin de mettre ces bas-là. Faut-il une autre raison…?

Ces bas sont-ils un outil de domination patriarcale ? Attention, je risque de me fâcher !

Photo en noir et blanc : vue arrière sur une femme portant des porte-jarretelles et des bas à diminution noirs montant des escaliers.
Les photos qui illustrent cet article sont d'origines variées :
* la photo en chapô est une photo NylonPur
* La photo de la femme qui dessine ses coutures est une photo trouvée en ligne
* la photo du bas sur le métier à tisser linéaire est une photo NylonPur
* la photo de la femme qui porte les bas East Side est une photo Cervin
* la photo finale est une photo par AG Nachtstrumpf, partagée sur wikimedia commons sous une license Creative Commons


7 responses to “Des bas et des coutures”

  1. Un article très intéressant sur nylonnostalgia à propos de la façon de porter les bas avec des points de vue divergents qui pourraient bien enflammer les débats !
    https://nylonnostalgia.com/f/how-to-wear-stockings
    Encore merci pour tes articles très souvent intéressants

    1. Merci pour le lien ! Effectivement, il y a un point qui fait couler beaucoup d’encre (numérique). Je pense que j’ai dû écrire dessus, il faudra que je revoie ce que j’avais dit à l’époque — ma position sur ce point n’a pas changé en ce qui me concerne, mais elle s’est peut-être un peu assouplie dans l’absolu.
      Dans tous les cas, je ne prétends pas détenir une sorte de vérité absolue. Je suis preneur d’avis et de critiques, à condition que ça soit un peu plus argumenté que : « tu racontes n’importe quoi » !

  2. Pour moi, les bas couture sont utilisés pour sublimer les jambes des femmes !
    Quand on veut apporter un côté sexy à une tenue, à la seule condition d’avoir de jolies jambes…

    1. Tout à fait.
      Ils peuvent aussi magnifier une jambe « moyenne »… à condition d’avoir assez de confiance pour essayer 🙂

      (pour être tout à fait honnête, si j’étais une femme avec mes jambes un peu tordues et sans ce fétichisme, je ne sais pas si j’aurais cette idée)

  3. La vraie couture est plus qu’une décoration, c’est un art de vivre car porter ce type de bas procède vraiment d’une intention qui implique un savoir-faire, un faire-savoir (attitude), une conscience de l’histoire et un budget… Merci pour votre implication.

    1. Merci pour votre avis, qui apporte un complément toujours intéressant !
      Il est vrai que dans l’article, je crois que je me place plutôt du côté du « touriste » des bas, qui en porte selon l’humeur du jour — en pratique, c’est un peu comme ça que je me considère. À côté de ces touristes se trouve un noyau dur de passionné(e)s, pour qui le bas ne se conçoit pas sans diminution… donc la couture est un impératif technique… finalement bien intéressant ! Je ne me place pas dans cette catégorie, outre la question budgétaire je me considère comme exclu du « faire-savoir » par nature, mais votre chaîne donne la parole à ces personnes !

  4. Je n’y connais rien et à chaque fois, j’apprends des choses grâce à toi.
    Je suis impressionnée qu’il existe encore une opération manuelle car je pensais que tout était automatisé depuis longtemps !

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Chemin de soie

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture