Permettez que je vous entretienne, une fois de plus, d’un sujet vu sur un réseau social — ici, Instagram. Un sujet qui concerne les relations entre des femmes et des hommes, évitons d’avoir la prétention de parler des relations entre les femmes et les hommes, ça ne concerne pas forcément tout le monde. Ceci dit, un simple renversement de la situation m’a fait sérieusement me poser des questions. Et vous savez comme je suis : j’aime partager mes questions !
Le patriarcat et moi
Dans la mesure où cette notion sera impliquée dans l’histoire qui va suivre, je voudrais commencer par mettre les choses au clair sur ce sujet. D’après le site de Larousse et en dehors de toute polémique, la définition du terme est la suivante1 :
- Forme d’organisation sociale dans laquelle l’homme exerce le pouvoir dans le domaine politique, économique, religieux, ou détient le rôle dominant au sein de la famille, par rapport à la femme.
- Dignité, fonction de patriarche ; territoire soumis à la juridiction d’un patriarche.
La définition qui nous intéresse ici est bien évidemment la première, c’est celle qui est la plus utilisée aujourd’hui.
Quelle est mon expérience directe du phénomène ?
Mon père détenait-il le rôle dominant dans ma famille ? J’en doute : si ma mère était mère au foyer, c’était elle qui tenait les cordons de la bourse, et elle les tenait d’une main ferme. Nous n’avons jamais eu trop, mais elle a su s’assurer grâce à une gestion au cordeau que nous ne manquions de rien. Non, le modèle familial dans mon enfance, c’était celui d’une gestion en commun, avec par principe un accord entre mes parents, s’ils avaient des discussions ou des disputes ils s’arrangeaient pour qu’elles aient lieu loin de nos jeunes oreilles. Quand il était question de réaliser les différentes corvées nécessaires pour la maison, mes sœurs et moi étions mis à contribution de la même manière, sans traitement de faveur2.
En pratique, mon seul contact direct avec l’idée de patriarcat, je l’ai eu par mon grand-père paternel : étant le seul de ses petits enfants qui porterait son nom, j’étais son préféré. Ça s’est manifesté de deux manières : je pouvais lui faire des réflexions auxquelles les autres n’osaient même pas penser, et il a essayé avec un succès relatif de me transmettre son goût pour le travail du bois. Je qualifie ce succès de relatif parce-qu’il a pris son temps pour mûrir, mais bien des années plus tard, c’est effectivement un de mes loisirs, quand je ne suis pas devant un ordinateur ou sur mon téléphone.
En fait, je crois que je ne suis pas équipé pour comprendre tout ce qui est mis sur le dos de ce patriarcat, la simple idée qu’un homme serait prioritaire parce-qu’il est un homme m’est étrangère.
Ceci posé, entrons dans le vif du sujet.
L’histoire
L’histoire était racontée par une personne qui se présentait comme une femme jeune, qui lors d’un repas s’est trouvée assise à côté d’un homme d’une cinquantaine d’années, médecin de son état. Pas d’échange particulier et rien à signaler jusqu’à l’arrivée du fromage, quand cet homme a tenté de lui subtiliser en cachette une part de fromage dans son assiette. Pris sur le fait, il lui aurait dit d’un air innocent que ce fromage était son préféré, et que le plateau étant loin, il avait préféré le prendre là.
La jeune femme ne s’est pas laissée démonter : elle lui a répondu qu’elle aussi voulait manger ce fromage, et qu’il n’y avait aucune raison pour qu’elle doive se lever pour s’en resservir parce-que monsieur n’était pas capable de le faire. Tout s’est bien terminé : le fromage a été rendu, l’homme s’est levé et ne lui a plus adressé la parole de la soirée. Ça aurait été la fin de l’histoire, si la narratrice n’avait pas ajouté en point final une remarque : « encore le patriarcat ».
Réflexion
Mon premier réflexe a été de me dire : « il n’y a rien de patriarcal là-dedans, juste un mufle sans éducation à qui il aurait fallu dire non de façon un peu plus ferme, il y a bien longtemps ». L’idée d’un tel comportement ne me serait pas venue à l’esprit, et elle ne serait pas venue à l’idée de la plupart des hommes que je connais, où est l’effet de domination systémique ?
Et puis, j’ai repensé au contexte : une femme jeune, un homme mûr, sans doute plus ou moins un mandarin dans son activité professionnelle. Cette dissymétrie de statut induit, de facto, un rapport de domination. Si son comportement est enfantin et pourrait être toléré chez un enfant, aurait-il osé la même chose s’il avait été assis à côté du ¾ centre du XV de France ? J’en doute. Et qu’espérait-il en faisant ça ? Attirer l’attention de la petite jeune à côté de lui ? Lui montrer que, malgré son statut de médecin respecté il avait gardé une âme d’enfant ? Était-ce une tentative de séduction ?
On ne le saura pas, mais en fait ce qui m’a vraiment dissuadé de répondre, c’est quand je me suis posé la question suivante : si les positions avaient été inversées, si c’était une femme d’une cinquantaine d’années, médecin respectée, qui s’était permis de prendre en cachette le fromage dans l’assiette de son jeune voisin d’une vingtaine d’années, qu’aurait pensé ce dernier…? Ce qui me gêne un peu, c’est que je n’imagine pas une femme avoir un tel comportement (d’un autre côté, je ne l’envisageais pas pour un homme non plus…), et si c’était le cas, j’ai peut-être l’esprit mal tourné mais je verrais ça comme une tentative de séduction. En tout cas je crois que c’est comme ça que je l’aurais pris quand j’avais 20 ans. Bon, à retardement, sur le moment je crois que j’aurais juste proposé d’aller lui chercher ce plateau de fromage, mais en y repensant quelque 5 à 10 ans plus tard cette idée aurait fini par m’effleurer l’esprit. Et de me traiter d’andouille par la même occasion. Bref, pour l’homme, un comportement de gamin, pour la femme un comportement de séduction.
Patriarcat, simple manque d’éducation ? Finalement l’expérience de la situation inverse, l’idée que je me ferais de la femme dans ce cas, me fait douter… Qu’en pensez-vous ?
Aller plus loin
Les personnes intéressées peuvent, si elles le désirent, lire quelques autres articles que j’ai pu écrire sur le sujet du patriarcat, parfois plus en rapport avec les bas. Exemples choisis :
- une de mes chères objections
- un petit complément à l’objection en question
L'illustration de cet article est une photo par Terje Sollie, trouvée sur Pexels. Qui n'a aucun lien direct avec le contenu de l'article, mais je trouve l'image du chemin intéressante parce-que sur la question que je me pose ici, je crois que le plus important, ce n'est pas notre conclusion personnelle, c'est la manière dont on y arrive.
- J’aurais aimé vous partager la définition donnée dans le vieux dictionnaire que mon père m’a offert il y a bien longtemps, mais la seule définition disponible était à l’époque la deuxième, les temps ont bien changé ! ↩︎
- L’honnêteté m’oblige à vous dire qu’il s’agit de ma vision de petit dernier, mes sœurs n’ont peut-être pas exactement le même souvenir… ↩︎

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