Therion a commencé dans les années 90 comme un groupe de… Death metal, comme c’est original, me direz-vous ! Mais je ne les ai jamais connus dans ce style, ils sont à ce jour pour moi l’incarnation du metal symphonique. Celui qui fait appel à des chanteurs lyriques, à des chœurs, à un véritable orchestre symphonique, le tout sur un fond « metal » avec guitares électriques saturées, basse et batterie. Très peu de chant saturé, quand je parle de chant lyrique ce n’est pas une figure de style.
C’est aussi un groupe pour lequel je ne peux pas nommer de chanteuse. Il y a bien eu Lori Lewis, chanteuse lyrique américaine qui a même fait partie officiellement du groupe pendant une courte période, mais ça n’a pas duré bien longtemps. Le cœur et l’âme du groupe, c’est Christofer Johnsson, qui y est un chanteur / guitariste / compositeur / claviériste suédois. Les autres membres ont tendance à tourner, à assurer les sessions en studio mais à être remplacés par d’autres pour les tournées, etc. Et bien sûr, la partie symphonique n’est pas permanente non plus. Christofer et les autres membres fondateurs du groupe étaient suédois, c’est donc encore un groupe nordique.
Je les ai découverts, comme The Gathering, à travers une critique de leur nouvel album de l’époque, Vovin, dans un magazine. La critique m’a donné envie d’acheter l’album (on était à la fin des années 90…), je n’ai jamais regretté cet achat. À l’époque, je cherchais d’autres sons, je commençais à écouter de la musique symphonique, j’avais toujours une oreille dans le metal, je pense que j’étais prédestiné à tomber sur ce groupe ! Niveau composition, les tempos sont assez lents, la batterie donne le rythme tranquillement, pas de double pédale, ils laissent s’installer la musique. Pour les textes, ils sont tirés de diverses mythologies et traditions hermétiques, Christofer reconnaissant être membre d’un ordre occulte, l’Ordre du Dragon Rouge1.
De la même manière que The Gathering, j’ai finalement acheté assez peu d’albums : je les ai beaucoup écoutés entre 1997 et 2000, j’ai décroché ensuite… avant de retomber dessus à travers les applications de streaming musical. Si je garde un gros faible pour Vovin, j’ai découvert à peu près tous leurs autres albums en version numérique, je vous en épargnerai donc la liste exhaustive. Laissez-moi tout de même en citer deux que j’apprécie particulièrement.
À commencer par Vovin, bien sûr… J’ai mentionné l’effet que m’avait fait l’étiquette « soprano » de Liv Kristine… il faut croire que pour Vovin j’étais un peu blasé, je n’ai pas gardé de souvenir impérissable des personnes qui ont collaboré à cet album. Par contre, du côté du son, je n’avais jamais rien entendu de tel : c’était, littéralement, du metal symphonique. Pas une imitation de musique baroque à la guitare électrique comme pouvait en proposer à l’époque un Yngwie Malmsteen ou Rhapsody, pas un heavy metal accompagné par un orchestre symphonique comme allait bientôt en proposer Metallica2. Non, sur cet album, l’orchestre et les chœurs font partie de la musique, au même titre que l’orchestre metal, les sentiments naissent de leur discussion qui se prolonge tout au long des 11 titres de l’album… Il doit compter au nombre de mes records d’écoutes, avec ceux des prochains groupes dont je parlerai, et j’ai des souvenirs d’écoutes de ce disque en 2005, couché sur je carrelage de mon salon d’alors, les yeux fermés pour que n’existe que la musique, dans toute sa pureté. C’était aussi exactement la musique qui correspondait à mon humeur de ces dernières semaines, que vouliez-vous que j’y fisse !
Ensuite, je voudrais mentionner un album bien plus récent, qui n’a pas vraiment eu les faveurs de la critique à sa sortie, mais qui me semble quand-même très intéressant : Les Fleurs du Mal. Il s’agit d’un album où ils reprennent, à leur manière, une quinzaine de tubes pop français des années 60/70 : France Gall, Sylvie Vartan, Serge Gainsbourg, Marie Laforêt, Léonie… Aux airs typiquement pop, on ajoute une touche de metal et ce côté symphonique / lyrique qui est leur marque de fabrique – entendre Poupée de cire, poupée de son ou Les Sucettes chantées par une chanteuse lyrique… ça change un peu ! En insistant, à travers les quelques clips publiés, sur un côté décadent qui en définitive me semble fidèle à l’esprit de Charles Baudelaire (ou de Serge Gainsbourg, auteur original de trois de ces reprises). Petite anecdote amusante : avant Vovin Therion était connu pour ses reprises, plutôt d’autres groupes de métal, l’exemple qui me vient en tête est Children of the Damned, d’Iron Maiden, sur A’arab Zarak Lucid Dreaming. Réponse de Christopher Johnsson, interrogé au moment de la post-production de Vovin, sur son intention de continuer à faire des reprises : « je ne pense pas, c’est intéressant tant que le groupe n’a pas une liste suffisante de chansons, mais je ne crois pas avoir envie d’en refaire ». Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !
Après Vovin, le groupe a sorti 13 albums, sans compter les concerts et un album de reprises de pop internationale. J’ai pris un peu de retard pour les acquisitions mais même si je travaille à y remédier il me reste trop de trous pour pouvoir détailler les autres.
Vovin dans la presse spécialisée
Comme je l’ai précisé, j’ai découvert Therion, et surtout Vovin, à travers ses critiques dans la presse Metal de l’époque. Il se trouve que j’ai conservé les numéros qui en parlaient (comme bon nombre de magasines que j’ai pu acheter au cours des années, au grand désespoir de mon épouse…). Voici donc ce que disaient les journaux de cet album, au moment de sa sortie.
Hard Force numéro 34, Juin 1998, critique par Franck ARNAUD
J’attendais, hystérique, ce nouvel album de THERION et c’est désormais un homme changé qui s’adresse à la foule de fans dans l’expectative… “Vovin” est une véritable bombe ! Tout est magnifique dans ce disque et la bande à Christopher Johnson3 risque de marquer à jamais la scène metal avec une œuvre aussi aboutie. À commencer par la magnifique pochette et le packaging de l’album. Ensuite, un son écrasant, mais je m’étendrai surtout sur la maturité artistique de THERION. Les bases de sa musique sont relativement identiques au précédent album, à savoir des rythmiques assez proches du heavy progressif [l’influence ,vieux SCORPIONS période 74-76 est une fois de plus présente4], un chant semi-agressif [c’est nouveau, ça vient de sortir !], une chanteuse lyrique et de véritables chœurs d’opéra. Plus important, la musique de THERION a pris une dimension fantastique, grandiose, et c’est une véritable symphonie de mélodies et d’ambiances subtiles d’une couleur très personnelle que diffuse le groupe pendant plus de 55 minutes. Un pur régal et la confirmation que THERION règne bel et bien en maître sur le metal orchestral actuel !
Note : 4/5
J’aurais aimé vous trouver une critique de cet album dans un autre magazine, à l’époque dans le domaine je mais Hard Force et Metallian. Malheureusement, il semble que ce dernier, qui avait publié une interview de Christopher Johnsson pendant la post-production de l’album, a omis d’en proposer une critique.
… et en musique ?
Je vais essayer dans cette section de ne pas me limiter aux titres relativement anciens, l’avantage est que le groupe est encore actif aujourd’hui, le matériel sur YouTube est abondant et, pour les titres relativement récents, de bonne qualité. Deux risques : que j’aie du mal à être sélectif, et que Vovin domine largement ma sélection… vous ai-je dit à quel point cet album est fondamental pour moi ?
Ceci dit, je vais commencer par un titre de Theli, repris du titre d’un album de Celtic Frost fondamental pour le groupe, dans la mesure où le nom du groupe en vient : To Mega Therion – dans la version du Wacken en 2016, parce-qu’en général les vidéos officielles de ce festival sont de bonne qualité, avec une prise de son correcte. Pour l’anecdote Christopher Johnsson est le guitariste portant chemise blanche, gilet et lavallière, ce qui en fait certainement quelqu’un de bien !
Pour bien voir le contraste et l’évolution… des techniques vidéo, je vous propose ensuite, sur le même album, cette version en concert de Nightside of Eden, tiré du même album. Attention, la vidéo date de 1998, bien qu’elle ait été remise en ligne récemment.
Passons, si vous le voulez bien, à Vovin ! L’album s’ouvre sur The Rise of Sodum and Gomorrah, et ça tombe bien, j’en ai trouvé une version en concert avec, entre autres, Lori Lewis. Elle y porte des mi-bas, ça pour le site compte ou pas5 ? Seul problème : la captation du son n’est pas terrible, la balance des voix, notamment, est assez mauvaise… j’éviterai ce live pour les titres suivants !
Je vous propose de poursuivre avec un titre qui me semble important pour l’album, et peut-être pour Christopher : il parle du symbole qui orne le CD, qui est celui de l’Ordre du Dragon, une sorte d’ordre occulte dont Christopher était membre à l’époque : Clavicula Nox, une ballade que je n’hésite pas à qualifier de lyrique. Je vous propose la version acoustique, jouée avec l’orchestre de Miskolc, qui rend très bien l’ambiance orchestrale du morceau. Je sais, on s’éloigne un peu du metal pur… mais ne vous en déplaise, ça en est aussi !
Je vous sens un peu endormis, je vous propose donc de poursuivre avec la version de Wine of Aluqah qu’ils ont joué au Wacken en 2007, ça ne nous rajeunit pas ! Parce-que Vovin inclut aussi des grosses guitares et des rythmiques un peu plus rapides, même si ma sélection le montre assez peu… (attention, qui dit « Wacken 2007 » dit « qualité vidéo d’époque », évitez de la regarder en plein écran sur un écran 4k, ne râlez pas trop, on trouve aussi une version de la même chanson au même festival en 2001…)
Même album, ambiance plus indienne, enregistrement plus mauvais vu qu’un s’agit d’un live filmé depuis le public : Eye of Shiva. Attention, je trouve que ce titre a tendance à entrer dans la tête !
L’album glisse doucement vers sa fin avec 3 morceaux : The Opening, Morning Star et Black Diamonds, qui ensemble forment The Draconian Trilogy. Je vous propose la version de l’album :
Je voulais aussi partager avec vous le dernier titre de l’album, mais j’aimerais laisser un peu de place pour les suivants – heureusement que je ne me suis pas fixé de limite sur le nombre de piste que je vous propose ! Si le sujet vous intéresse, je vous invite à rechercher Ravens of Dispersion, qui termine en beauté cet album exceptionnel – vous ai-je dit à quel point… je crois que oui !
Faisons un tour par la France avec quelques extraits des Fleurs du Mal. Je vous propose de commencer par le titre qui m’a fait revenir vers le groupe quand mon application de streaming me l’a mis dans ma liste de lecture : La Maritza, reprise de Sylvie Vartan, en mode metal lyrique, avec le clip officiel :
Toujours dans les Fleurs, je vous propose Poupée de Cire Poupée de Son, ayant très mauvais fond j’avoue un faible pour les chansons de Gainsbourg ! En version live, pour le coup, en concert au Chili – la voix lyrique fait son petit effet :
Poursuivons avec une autre chanson de cet album, que pour ma part j’ai découverte à l’origine dans sa reprise dans le film « 8 Femmes », qui mériterait peut-être un article sur ce blog tant les costumes et le jeu des actrices… mais je m’égare ! La chanson est Mon Amour, Mon Ami, le clip est sympa mais je vous propose ici une nouvelle version en concert, filmée depuis le public :
Je crois que je pourrais continuer longtemps : Initiales B.B., Une Fleur dans le Cœur, Les Sucettes, Sœur Angélique, J’ai le mal de toi, il y aurait de quoi alimenter une rubrique de reprises du Boss ! Sans compter les reprises de chansons étrangères : Summernight City (ABBA), Children of the Damned (Iron Maiden), Crying Days (Scorpion), Thor (Manowar)…
Reprenons pour terminer un peu de pur Therion. En commençant par Via Nocturna, qui termine l’album qui a suivi Vovin. Un titre en deux parties, qui termine presque l’album (il est suivi par une reprise de O Fortuna, de Carl Orff). Version album.
Beaucoup plus récent puisque tiré de la dernière trilogie d’albums : je vous propose le clip officiel de Leviathan, qui se laisse volontiers écouter à mon humble avis, malgré quelques facilités de composition. Clip officiel :
Un autre titre récent pour lequel j’ai un petit faible, tiré du même album : une collaboration avec un chanteur / bassiste que j’apprécie beaucoup et dont je parlerai sans doute bientôt (indice pour le prochain groupe…?) qui plonge dans la mythologie nordique : Tuonela. Là aussi, je vous propose le clip officiel :
Je vous propose comme antépénultième titre celui qui clôt la trilogie Leviathan, et qu’à ce titre je n’ai pas encore beaucoup écouté, il est sorti en 2023. Au vu du titre, je pense à une inspiration nordique aussi : Twilight of the Gods, clip officiel.
Pour terminer joliment cet article, je voudrais revenir au concert avec l’orchestre de Miskolc avec une chanson dont j’ai écouté 3 versions en concert pour sélectionner celle qui à mon avis saura porter un joli point final à cette petite rétrospective : Lemuria.
- qui serait, d’après Wikipedia, assez proche d’une forme de « satanisme athée » (si, si, apparemment, ça existe) ↩︎
- l’album Live « S&M », avec l’orchestre philharmonique de San Francisco, dans le lineup incluant Jason Newsteed, sorti en 1999. Ne pas confondre avec S&M2, sorti en 2020. ↩︎
- j’ai conservé la graphie originale de la critique, qui semble avoir oublié un ‘s’ ↩︎
- cette influence est reconnue et assumée par Christopher Johnsson dans une interview proche de la sortie de l’album. ↩︎
- la réponse est simple : non, c’est plutôt laid à mon humble avis. ↩︎

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